Quel bonheur de se retrouver dans la Clape, en ce jour de printemps et de fleurs…
Nous sommes 17 au départ du domaine de l’Hospitalet. Le ciel est incertain, étonnamment il y a peu de vent mais par contre -ceci d’ailleurs expliquant cela- il y a des moustiques et ils vont nous accompagner longtemps.
Nous montons à travers les beaux alignements de vignes avant de traverser une forêt de pins puis de nous engager sur notre premier sentier. Dès ce début, le ton est donné : la garrigue est en fleurs. Sur un arrière-plan de kermès, de salsepareille, de genévriers et de romarin (qui n’a plus de fleurs aujourd’hui), les grands cistes mauves et les petits cistes blancs, le chèvrefeuille, la grande sauge sauvage, le thym, les étoiles jaunes des urospermes, les corolles bleues de la campanule raiponce, les ombelles dorées de l’achillée mille-feuilles, les mauves, les délicats bouquets d’ail rose, la coquesigrue (un joli nom…) aux petites fleurs jaunes, les touffes bleues des aphyllantes de Montpellier, les euphorbes tricolores, le liseron qui déploie ses fleurs rose pâle, les majestueuses centaurées rose vif, les coussins blancs et or des marguerites et les grands buissons éclatants de genêts odorants. C’est un festival de couleurs.
Nous laissons l’emblématique Pech Redon à notre droite, nous montons sur la crête qui domine la grande combe des Abattuts – on dirait un immense cratère- et que nous suivons jusqu’à la Vigie. Nous nous arrêtons plusieurs fois déjà pour contempler le panorama loin au-dessous de nous mais une fois arrivés à la Vigie, c’est somptueux. Tout le golfe du Lion s’étale à nos pieds. Narbonne-Plage, les Ayguades, Gruissan- Port et Gruissan-Village, les salins Saint-Martin, au loin à gauche, le volcan d’Agde et ce qu’on prend souvent pour le Mont Saint-Clair (qui en fait est caché par le précédent) et qui est certainement le Pic Saint-Loup ; à droite on distingue Port-la Nouvelle. La mer offre son alternance de bleu et de vert et pendant un moment, le village de Gruissan, serré autour de la tour Barberousse apparaît dans un halo de lumière dorée, c’est magnifique. Et on évoque la Narbonne antique, ses ports, l’entrée des bateaux par les graus, à l’époque romaine mais bien avant aussi, en un temps où le golfe du Lion était le lieu d’une grande activité…
La piste qui nous amène au plateau Notre-Dame nous permet de contempler toujours « la mer et ses golfes clairs » par-dessus les hautes tiges élégantes de la grande férule qui la bordent tout du long. Nous approchons de la chapelle des Auzils mais il parait que c’est trop tôt ! Alors nous descendons à travers les pinèdes pour nous retrouver au bas du sentier du Cimetière marin. Qu’il nous faut donc remonter… C’est toujours avec émotion que, entre les pins et les cyprès, on chemine de cénotaphe en cénotaphe, en déchiffrant les touchantes lignes inscrites par les mères, les épouses ou les enfants à la mémoire de ceux qui ont péri en mer, les dates s’alignent, les âges aussi -14 ans, 16 ans, 35 ans, 54 ans, père et fils parfois unis dans leur destin- et les lieux lointains, de l’Algérie à Colombo, d’Hong Kong à la Sicile. Le Cimetière marin de Gruissan est unique en France.
Et tout en haut, voici Notre-Dame des Auzils (du latin de auxiliis, des secours). Touchante aussi, avec sa charpente en forme de carène de bateau, son beau devant d’autel contemporain aux vives couleurs, ses maquettes de bateau, ses figures de proue, le bateau en perles de verre suspendu au plafond et surtout l’extraordinaire collection de tableaux ex-voto, peuplés de tempêtes et de naufrages, témoignages de la piété populaire des marins. Ce sont aujourd’hui des peintures en trompe-l’œil car les originaux ont été tous volés par une nuit de 1967.
Après cette halte culturelle et émouvante, et reposante puisque, dans une église, il fait frais et il y a des bancs, nous voilà repartis, d’abord au travers d’une épaisse végétation puis dans un étrange univers minéral, un pierrier, réelle rivière de cailloux blancs qui serpente entre de hauts rochers tout aussi blancs, que viennent toutefois colorer d’immenses buissons de chèvrefeuille en fleurs. Nous abordons la garrigue de Figuières et ses larges espaces, puis nous nous installons sur sa bordure, qui domine la combe du même nom, pour le pique-nique. À côté de moi, sur une large feuille de ciste, on dirait une perle dorée : c’est un petit cétoine, vert mordoré.
Après une longue pause bien appréciée, nous nous séparons, certains descendent par un raide sentier tandis que d’autres longent la crête qui offre un panorama splendide sur les étangs avant de descendre, eux aussi, par un pierrier. Nous nous retrouvons devant le château de Figuières, planté au milieu des vignes, et nous continuons vers l’antenne relais et la table d’orientation qui dominent la garrigue de Ricardelle. De là, la vue est immense sur Narbonne, Bages et les étangs. Nous sommes ici en bordure de la Clape et la flore n’est plus la même : coquelicots, mauves, marguerites et boutons d’or se mêlent un temps sur les talus en une symphonie éclatante.
Nous repartons pour un long retour vers notre point de départ. Nous retraversons des forêts de pins et de chênes, des étendues de garrigue, nous montons, nous descendons avant d’arriver en vue des radars du Plan de Roques qui annoncent que nous touchons au but. Et voilà enfin qu’apparaît le domaine de l’Hospitalet en bas de ses vignes.
Savez-vous que signifie « la Clape » ? C’est une racine pré-indo européenne qui veut dire « cailloux ». On ne s’en étonne pas !!!
Bières et virgin cocktails pris à la terrasse de l’Hospitalet viennent conclure dans une grande aise notre périple à travers la « montagne ».
Merci, Jean, de nous avoir conduits en ce printemps un peu indécis dans un des plus beaux paysages audois.
Claudine P.