12 sur l’aire de Béragne, un qui nous attend sur place, voici 13 courageux à l’assaut de Leucate, la Blanche des Grecs. Je dis courageux parce que le plaisir de retrouver la mer et les étangs a été tempéré par l’annonce d’une tramontane bien sentie. Et la tramontane, elle y était … Toute la journée, nous avons lutté contre des rafales démentielles, accompagnées de rugissements impressionnants ; on a l’impression qu’un avion décolle à côté, mais non, ce n’est que le vent dans les buissons de pistachiers…
Depuis le village ancien de Leucate, nous montons sur le plateau. Ce plateau est quadrillé de murets qui rappellent vignes et jardins d’antan. Il n’y a plus ni vigne ni jardin, seuls persistent de vieux amandiers aux branches tordues. Ils sont maintenant en feuilles, la floraison est passée, mais il y en a deux qui nous offrent encore leur parure rose et blanche. Une nouvelle végétation a pris la place : des pins d’Alep, d’un vert lumineux, remplis d’inflorescences fauves qui deviendront des pignes, des orchidées, de grands massifs de pistachiers…
Nous quittons ces anciens jardins pour une garrigue sauvage qui domine l’étang de Lapalme, le thym commence à fleurir et à sentir, les premiers cistes, des iris violet foncé, des jonquilles sauvages sont de sortie. Puis, à travers une pinède, c’est la descente vers la Franqui. Nous traversons la petite station et nous pouvons constater les dégâts causés par les récentes tempêtes : de grands pins déracinés encombrent encore les jardins. Nous longeons l’étang ; le spectacle est inhabituel, la surface est presque aussi blanche que verte tellement le vent soulève les eaux. Par les chemins et les escaliers, nous montons sur la falaise, au prix d’acrobaties nécessaires pour vaincre les troncs abattus qui obstruent le sentier.
Là-haut, c’est le vent, toujours le vent ; loin en bas, la mer se pare d’arabesques mouvantes, alternant bleu marine, vert gris et vert lumineux. Le vent court sur les vagues, créant d’étranges balayages. Nous pouvons admirer la géographie de la Franqui et sa langue de sable séparant mer et étang. Nous cherchons et nous trouvons un coin abrité et c’est le pique-nique, la mer en arrière-plan et le soleil au-dessus. Après la pause, nous reprenons le chemin, nous contournons le sémaphore, nous passons au- essus de la Plagette en nous attardant sur le panneau qui alerte sur l’exceptionnalité mais aussi la fragilité de l’écosystème.
Puis c’est la descente par des escaliers sur Leucate plage et son long, très long boulevard avant de reprendre les chemins. Nous contournons la colline qui nous sépare du village en marchant au bord de l’étang au cœur d’une végétation lacustre puis nous retrouvons la garrigue, ses pistachiers, ses asphodèles déjà en fleurs, quelques cistes et même une véritable petite forêt d’iris sauvages, jaunes pour la plupart, mais violets aussi. Nous traversons la route avant de remonter dans la garrigue, d’arriver en vue du château de Leucate et de ses lignes de fortifications qui s’étagent sur la colline et d’être accueillis par la fine et fière silhouette de Françoise de Cezelly.
Le château de Leucate était une imposante place-forte de la frontière France-Espagne au temps où le Roussillon était encore hispanique. Françoise de Sezelly était la femme du gouverneur du lieu et, alors que le château était assiégé par les Espagnols en 1589-1590, elle assura elle-même sa défense après la capture de son mari. Elle refusa de livrer la place en échange de son mari - qui fut exécuté – et, en récompense de son courage, Henri IV la maintint dans la fonction de gouverneur. Après la Paix des Pyrénées (1659), le Roussillon fut annexé par la France, Leucate n’était plus ville frontière et le château fut démantelé. Il n’en reste plus que des vestiges mais, de là-haut le panorama est magnifique sur la mer, les étangs, les Albères et le Canigou.
Après cette visite, nous avons retraversé le village jusqu’au café habituel où nous attendaient demis et chocolats chauds –et en plein air, il faisait frisquet…
Merci à Guy qui nous a amenés une fois de plus sur ces terres qu’il connait si bien avec toujours passion et disponibilité.
Claudine P.
Photos de Roger
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